Interviews croisées...



A l’aube de la 10è édition des RCFr, qu’attendez-vous de ce nouveau rendez-vous consacré à la « décision en cancérologie » ?

Pr Véronique Trillet-Lenoir : Nous souhaitons que ces rencontres continuent à être un carrefour de réflexions en cancérologie rassemblant l’ensemble des acteurs au-delà des experts médicaux, mais aussi les soignants non médicaux, les acteurs de l’économie, les associations et représentants de patients et les institutionnels. Nous souhaitons aborder les grands enjeux de la cancérologie qui viennent également éclairer les autres spécialités médicales et faire émerger des débats et des discussions avec l’ensemble des décideurs du secteur.
Pascal Maurel : Nous souhaitons avec le Comité d’experts et sa Présidente Véronique Trillet Lenoir que les RCFr soient, cette année encore et pour toujours, un lieu de rencontres, de réflexion, d’analyses et d’échanges directs avec des acteurs de la cancérologie et de la médecine tournés vers leur avenir. Nous travaillons avec des hommes et des femmes qui portent un intérêt pour la science, la médecine, les politiques de santé, l’économie, la sociologie, la géographie, l’éthique … Nous prolongeons avec vigilance l’ambition des fondateurs et grands acteurs des RCFr. Nous veillons à avoir une ligne éditoriale claire et intangible : celle de réfléchir et agir pour la science et la médecine dans leur environnement politique, institutionnel et organisationnel. L’intérêt des RCFr est de proposer un projet original, dans une certaine mesure sans équivalent, ni en France, ni en Europe. Chez nous, en cette période pré-électorale, les enjeux de santé prennent une importance particulière, car même si les RCFr n’ont pas vocation à être un laboratoire politique, elles sont une plateforme d’échanges et de propositions. Nous enregistrons et mettons en avant les attentes et les besoins des professionnels et des représentants associatifs. Nous espérons toujours que ces rencontres contribuent à sensibiliser les pouvoirs publics, économiques, industriels, institutionnels à mettre en place des moyens nécessaires à la médecine que nous voyons sous nos yeux se construire : une médecine de qualité mais très exigeante en termes de moyens et de besoins intellectuels, humains, économiques.
 
En quoi la décision médicale est-elle spécifique en cancérologie ?
Pr Véronique Trillet-Lenoir : La décision en cancérologie constitue un moment crucial car elle fait appel à des données médicales, scientifiques, elle s’appuie également sur l’expérience individuelle et sur la réflexion collective. Elle doit, au-delà de l’évaluation bénéfice / risque, prendre de plus en plus en compte l’évaluation du coût par rapport aux bénéfices. Elle évolue également au sein  du colloque singulier entre le médecin et son patient vers un nouveau concept qui est celui de décision partagée, au cœur des ambitions de la démocratie sanitaire. Avec l’avènement des GHT (Groupements Hospitaliers de Territoire) se pose également la question des critères de décision à l’échelle du territoire. Enfin, la décision médicale s’inscrit dans un contexte médico-économique mais aussi économique, organisationnel, sociétal et politique. Le choix de cette thématique permet d’aborder de multiples enjeux, au-delà de l’étape importante qu’elle revêt dans le parcours de soin, pour mener une réflexion transversale avec les différents acteurs impliqués dans ces différents champs.
 
 Quels seront les moments forts de cette prochaine édition ?  
Pascal Maurel : Nous attendons environ 1 000 personnes sur les 2 jours des rencontres. Au-delà des conférences, plusieurs espaces médias permettront de transmettre, au-delà de l’évènement, des actualités sur notre plateau TV et sur les réseaux sociaux ainsi que des cours numériques. Le pays invité cette année est la Tunisie. Au-delà du symbole de notre ouverture aux pays méditerranéens, cela montre l’importance des liens entre la médecine Française et ses voisins. Nous aurons également une présence importante de représentants des DOM-TOM pour échanger sur les enjeux spécifiques de ces territoires, en cancérologie et en radiothérapie. Nous avons également souhaité ouvrir le débat avec les experts en hématologie qui sont confrontés à des problématiques identiques, telles que l’accès aux médicaments et la prise en charge de leurs malades. Nous aborderons les différentes dimensions de la décision médicale au niveau clinique mais aussi au niveau technologique avec les data et les objets connectés en prenant en compte les dimensions éthiques et sociales. Enfin les approches territoriales seront examinées au regard des exigence des disciplines cancérologiques.
Pr Véronique Trillet-Lenoir : Nous allons décliner la décision médicale en cancérologie à travers 6 thématiques animées chacune avec une plénière et des workshops. En quelques mots, la session dédiée à la décision médicale basée sur les preuves abordera les informations médico-scientifiques avec les jeunes cliniciens cancérologues de l’AERIO et de l’AIH, en particulier les innovations de l’immunothérapie et cette année, c’est une nouveauté, nous ferons un focus sur l’oncohématologie. Nous y aborderons plus spécifiquement les évolutions numériques en médecine, la problématique des algorithmes et du traitement des données complexes et évoquerons les nouveaux corps de métiers de la santé numérique que sont par exemple les bio-informaticiens. Concernant les critères de décision à l’échelle sociétale, nous avons souhaité nous interroger sur la manière de faire vivre les grands sujets de santé pour que les patients et la société s’en emparent, notamment l’évaluation des plans cancer. Pour ce qui est des critères de décision basés sur la notion de risque, nous aborderons les questions des risques iatrogéniques et de la maitrise des risques thérapeutiques et nous évoquerons les nouveaux outils de la e-santé adaptés à la maitrise des risques ainsi que les facteurs de succès de la coordination ville-hôpital.. Notre quatrième thématique portera sur une actualité particulièrement brulante, notamment en période préélectorale, qui est celle des critères de décision médico-économiques. Notre volonté est de croiser les points de vue des prescripteurs, des responsables d’agences, des gestionnaires d’établissements de soins et des patients. Nous tenterons de répondre aux nombreux enjeux de cette question de ses implications en termes de décision médicale, des solutions organisationnelles, de la vision sociétale du problème, de réflexions éthiques touchant notamment à l’égalité d’accès aux innovations. Nous allons évoquer les différentes dimensions de la décision partagée en nous appuyant notamment sur les résultats d’une enquête menée par Cancer Contribution. Enfin, avec l’arrivée des GHT, nous ferons le point sur les implications de la décision à l’échelle territoriale et les enjeux en termes d’accès au soin et de coopération territoriale.